Salut Les Filles

J’ai spotify dans les oreilles et le soleil sur une épaule. Bientôt trois mois d’arrêt après le burnout. En trois mois on a le temps d’adopter un rythme différent, de passer la matinée à écouter la musique de Life Is Strange, allongée sur le canapé, en regardant le ciel à travers le velux, avec #CePetitChat couché sur le dossier.

Le bus s’arrête à Wilson. Heureusement qu’il y a un changement de chauffeur parce que j’ai encore oublié d’appuyer sur le bouton d’arrêt. Mon jukebox interne me met Wait For It dans la tête donc je met Wait For It dans mes écouteurs. Je note que je vais arriver à la bourre vu qu’il doit sûrement descendre sur le quai de la gare au moment où moi je descends sur le quai du bus. Je me met à chanter.

J’aime bien ma tenue, celle que j’ai acheté à la friperie l’autre jour. C’est un bête jean noir avec un haut rayé noir et gris mais je trouve que ça me donne un chouette passing. C’est fatiguant d’être obnubilée par ça à chaque fois que je suis dans la rue. Je sais que le passing est un mensonge du cistème mais des fois j’ai l’impression de vivre pour le moment où une inconnue m’appellera « Madame. » En passant devant l’agence intérim aux vitres teintées je me scrute et m’admire. Les employées doivent trouver ça curieux mais peut-être que certaines me trouvent jolie aussi.

Je le trouve pas dans la gare. Entre les trois entrées, le dôme et la place il faut vraiment qu’on se fixe un lieu. Peut-être celui où je le retrouverais dans 5 minutes. Je sors mon téléphone pour l’appeler et je souris parce qu’il m’a envoyé un miaulement par SMS. Sa manière de dire « Hey » quand il décroche me fait un peu fondre à chaque fois.

En le voyant à l’ombre du pot de fleur géant je souris encore. Il me fait toujours sourire. Il est beau. Mais c’est normal qu’on se soit ratés : il tourne le dos à la route d’où je viens et il regarde son smartphone. Je le prends dans mes bras, il se met sur la pointe des pieds pour m’embrasser, ses lèvres sont douces. Je me moque de son TDAH et on se prend la main.

Traverser la place est une épreuve. Le soleil tape fort, il n’y a pas d’ombre et je suis habillée en noir. Le concerta me fait dégouliner le visage en quelques secondes et j’ai pas de mouchoir pour m’essuyer. Je m’imagine observer ma peau luisante sous le soleil, chaque imperfection mise en valeur par la lumière de midi, chaque angle révélé par la dureté des ombres. C’est pas un mystère si c’est la pire heure du jour pour prendre des portraits en extérieur. Je continue de sourire même si ma confiance s’effondre.

En tournant à gauche après le McDo je me rappelle que je déteste cette rue. Elle est toujours pleine de touristes qui vont de la gare au centre ville et du centre ville à la gare, de types bourrés et de personnes qui font la manche. Non désolée j’ai pas de monnaie et je suis fatiguée de devoir le répéter tous les trois mètres. Ma colère contre le capitalisme ne diminue pas et je suis fatiguée d’être en colère.

J’ai à peine le temps de réfléchir à mon trajet qu’un type se plante devant nous. Il a un sarouel et des baskets, il est torse nu et, comme moi, il dégouline de sueur. Je regarde ses bracelets et ses colliers. J’en voudrais aussi des comme ça mais ça a beau être un look de babos c’est pas un look de végan. Tous ces trucs sont en cuir et j’ai beau en trouver des alternatives sur Etsy, je suis pas encore prête à balancer cinquantes balles dans ce genre de chose.

Il nous regarde, il sourit et il lance « Salut les filles. »